Kévin Ardito, sculpteur du numérique

De toujours tu seras l’antépénultième (2019)

Ça y est, le compte à rebours est lancé : plus que 6 semaines avant l’expo Hyper- ! Pour fêter ça, on vous présente un de nos 7 artistes, Kévin Ardito, notre sculpteur du numérique.

Quel est ton parcours ?

Après une expérience manquée à l’Université de Saint-Etienne en Arts Plastiques, je suis entré aux Beaux-Arts de Lyon en 2013 ; j’ai fait trois ans de licence, et 3 ans de Master. J’ai intégré l’unité de recherche en art numérique à la suite de l’obtention de mon DNSEP en 2018, ce qui m’as permis d’intégrer du même temps l’équipe du Labo NRV (ArtLab co-fondé par les Subsistances et L’ENSBA) et cela m’a aidé dans mon travail de création, tout en me permettant de conduire des activités pour des scolaires. A cette époque-là, j’étais également membre de l’ADERA, que j’ai rapidement quittée pour me consacrer à mon travail au labo NRV. Ma première année en recherche a été particulièrement chargée, avec deux expositions à Grenoble, une à Strasbourg, ma participation au festival Mirage, la résidence création en cours, une exposition à Ars Electronica ainsi qu’une résidence au Mexique.

Avec quelle technique as-tu commencé à travailler ?

Au début de mon expérience à l’université, je faisais toujours beaucoup de peinture à l’huile et de dessin ; c’était de la peinture figurative autour du social. A l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts, j’ai découvert plusieurs techniques de sculpture, et j’ai évolué dans un cadre me permettant de beaucoup expérimenter avec ces techniques, avec beaucoup d’espace et de matériaux à disposition. Après ça j’ai choisi d’être sculpteur.

Empty Child (2019)

D’où t’est venue l’idée de la pièce Combien de jardins pour apprendre à faire pousser un arbre ?

L’idée m’est venue en faisant un jogging dans un cimetière londonien, qui est un lieu chargé d’histoire et qui fait partie des magnificient seven, qui sont sept cimetières commandités à des sociétés privées par la ville de Londres entre 1830 et 1840 pour faire face à une poussée démographique, et des changements sociétaux d’une population qui n’était pas de profession catholique ou anglicane.

Ce sont des lieux étranges à la croisée de plusieurs de temps, ils ne sont plus vraiment en activité, mais des personnes peuvent venir encore de nos jours rejoindre des êtres chers disparus il y a bien plus longtemps. Il n’est pas possible de choisir ce lieu sans ces conditions, ainsi dans les années à venir, ce ne sera plus qu’un lieu de passage, de visite et de contemplation.  Ce sont des lieux marqués par l’urbanisation et l’expansion des villes d’abord situées en périphérie, ils sont maintenant complètement phagocytés par la ville, qui par besoin d’espaces verts en a fait des réserves naturelles pour une faune et une flore londonienne en berne, voire en agonie.

J’ai opté pour la réalité virtuelle car c’est un médium qui permet un rapport différent à l’expérience artistique, et propose une déambulation longue et mystérieuse où le lieu devient un espace narratif que le spectateur découvre. La pièce confronte les idées de déambulation contrôlée des jardins de Le Nôtre, de narration émergente présente en game design et de composition sculpturale pour créer un espace d’invitation au sublime et à la mélancolie.

Mon rôle d’artiste est d’anticiper comment le spectateur va suivre les lignes et les limites du chemin ou bien les transgresser, sans que jamais il ne se retrouve à un endroit où il s’ennuie, tout en lui permettant de comprendre quelle est la nature et la raison de l’expérience qu’il vit.

Into Deep Water (2018)

Quelle est ta pièce (personnelle) préférée ?

Je n’ai pas véritablement de réponse. Je suis plus attaché à certaines œuvres car elles étaient plus difficiles à produire, d’autres parce qu’elles étaient plus drôles à faire, ou au contraire parce qu’elles m’ont permis de lâcher prise.

La pièce que j’ai conçue pour le musée archéologique de Grenoble lors du festival DNA aussi a été importante car quelque chose s’est débloqué sur ma manière de produire. C’était ma première commande, il n’y avait pas de consignes, c’était agréable d’être rémunéré, et d’avoir la possibilité de mêler les médiums. En revanche, je ne peux pas dire qu’il y ait eu de pièce pivot dans ma pratique ; je ne vois pas mes pièces comme une succession, mais plutôt comme une simultanéité, certaines décors et d’autres acteurs

Comment lies-tu le thème de l’hypermodernité à ton art ? A l’œuvre que tu proposes pour l’exposition « Hyper- » ?

Par son médium, Combien de jardins pour apprendre à faire pousser un arbre ? est directement dans l’hyper-modernité et l’histoire de ces jardins.

Les outils numériques et leur fonctionnement font partie du contemporain. En faisant contrôler le spectateur par la technologie, il y a un décalage qui s’opère, et un besoin de comprendre, d’aller en-dessous de la surface pour mieux cerner le monde hyper-moderne. L’hyper-modernité se définit par un excès de temps, de place, etc., et cette pièce et son inspiration s’inscrivent parfaitement là-dedans. La réalité virtuelle est perçue dans la culture pop comme un instrument pouvant aliéner l’homme, lui proposer d’échapper à un monde plus brutal et plus dur, c’est un objet très connoté par la science-fiction et notre perception de la technologie. Je pense que cette vision de ce médium est notamment due à des peurs issues de l’hyper-modernité, cette invention des années 70 qui devient réelle.

Pourquoi (ne pas) dire que la VR répond à ces besoins relatifs aux problèmes de l’hypermodernité ? Cette question est en fait un des paradoxes de la réalité virtuelle. Ma réponse serait certainement que la VR doit être comprise autrement, elle pourrait devenir quelque chose qui accompagne la réalité.

Microcosme (2018)

Quelle est ton œuvre préférée de tous les temps ?

Je parlerais plutôt de travaux vers lesquels je reviens tout le temps, notamment les œuvres de Mike Kelley, J.M.W. Turner, Andy Goldsworthy, Maurizio Cattelan, Rebecca Horn, Patricia Piccinini … J’aime aussi beaucoup le Cirque de Calder, surtout pour les mains du sculpteur.

Si tu devais faire autre chose, ce serait quoi ?

Designer ? Mais c’est un peu un artiste aussi. Dessinateur de BD c’est sûr. Sinon je pourrais être bricoleur dans mon garage, faire des produits moi-même.

Into the Storm (2018)

Pour suivre Kévin sur Instagram, c’est par ici https://www.instagram.com/ardkev/

Propos recueillis par Lucie Ratail

Published by Effets de temps

Early career researchers project that aims at bridging the gap between academic research and the arts. "Les Effets de temps : perception et représentation de la vitesse" est un projet mené par un groupe de doctorants lyonnais proposant à divers jeunes artistes et chercheurs de s'interroger sur notre rapport au temps, à sa vitesse et à son immensité. Ensemble, nous cherchons à dépasser les frontières de nos univers propres, à croiser art, sciences et recherche académique.

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